Interview « Mon logement voyage – CREAQ »

28 avril 2017

Réduire la précarité énergétique ET améliorer le développement durable : mission très possible

Gwenaëlle Petit y croit dur comme fer : ce n’est pas en faisant du prosélytisme inutile que la consommation d’énergie des ménages va changer du tout au tout. Sa technique à elle, c’est plutôt la pédagogie, les bons tuyaux et le travail en équipe. Qu’il s’agisse de proposer des solutions aux foyer désireux de se séparer des énergies fossiles ou nucléaires, de faire comprendre les enjeux de ces consommations d’un point de vue “thermomètre de notre bonne vieille Terre” ou d’aider ceux qui souffrent d’une consommation d’énergie beaucoup trop élevée (parfois au point de supprimer sciemment cette ligne de budget de leurs dépenses, avec les conséquences que cela implique), sa structure a pour but de ne jamais culpabiliser et de toujours tendre la main. Et ce n’est pas parce que le CREAQ est basé à Bordeaux que ceux qui sont éloignés de la métropole du Sud-Ouest n’ont pas le droit à ce niveau de service. C’est pour ça que l’association a imaginé une version portative, sous la forme d’un camion qui repère, conseille et oriente toutes les personnes qui rentreraient dans le cadre de leur mission mais qui sont “hors-radar” du fait de leur isolement. On part en road-trip ?

Comment vous définiriez, avec vos propres mots, ce que vous faites dans la vie ?

On est une asso basée à Bordeaux qui s’appelle Centre Régional d’Eco-énergétique d’Aquitaine. On est indépendants, on n’a aucune fédération derrière nous. Notre but ? Travailler sur la lutte contre le changement climatique au travers d’un prisme “énergie”, notamment dans l’habitat. On est là pour conseiller les gens sur les questions de rénovation du logement et à la maîtrise des consommations d’énergie au niveau national. On héberge chez nous un espace info énergie, pour pouvoir conseiller tous les jours les personnes qui souhaitent être informées sur ces sujets-là. Comment je rénove ma maison ? Quelles aides financières je peux trouver ? Et surtout, comment j’analyse ma facture et par quels moyens je peux la diminuer ?

Au-delà des gens qui nous joignent spontanément, on va aussi au devant des personnes, pour faire connaître qu’on peut maîtriser son budget énergie et avoir un impact sur le changement climatique grâce à ça. On travaille sur des événements, on a des stands, des documents techniques…

On agit aussi sur la région pour la thématique plus particulière de l’eau. On essaie de sensibiliser sur l’importance d’utiliser cette ressource de manière raisonnée, durable et responsable afin de maintenir une eau de la meilleure qualité possible en Gironde.

Et enfin, on a un pôle qui travaille sur la vulgarisation de toutes ces thématiques dans le milieu scolaire. Le but est d’essayer de donner des clés aux enfants sur ce que c’est que l’énergie, le changement climatique, le développement durable, et comment ces trois notions sont connectées.

Vous semblez vouloir réfléchir à cette problématique d’emblée sur le long terme…

Exactement. Et vu qu’on est une association indépendante, on évite le militantisme et on parle de tout. Il nous semble important de parler aussi des énergies fossiles ou du nucléaire, de comprendre comment elles fonctionnent et ce qu’elles impliquent, aussi parce que nous nous adressons à des publics qui parfois n’ont pas forcément conscience des alternatives ou ne peuvent pas se projeter dans une conversion énergétique plus durable pour diverses raisons. On se doit de leur apporter également des réponses, même si notre but final est de promouvoir le développement durable. Et surtout, nous ne sommes pas là pour faire culpabiliser qui que ce soit !

Votre territoire, il possède une particularité à propos de précarité énergétique ?

On s’est rendus compte qu’il y avait un certain type de public qui venait nous voir pour des problèmes de factures bien trop élevées, et que l’énergie était l’un des deux ou trois grands problèmes de factures impayées dans beaucoup de foyers… C’est comme ça qu’on a pris conscience d’ouvrir également une réflexion spécifique sur la précarité énergétique. Pour couronner le tout, les personnes les plus modestes se retrouvent souvent dans les logements dont l’isolation laisse à désirer, ou qui sont équipés en tout-électrique, en sachant que l’électricité reste l’énergie la plus chère… On a donc voulu accompagner ces gens-là pour répondre à cette problématique qui est de plus en plus importante.

On travaille en collaboration avec des professionnels. Il faut savoir que ce public qui se retrouve avec de vrais problèmes d’énergie sont souvent en relation avec des travailleurs sociaux, qui sont leurs premiers interlocuteurs. Cette relation est très importante : c’est elle qui va faire prendre conscience du problème aux gens, avant qu’on prenne le relais pour apporter des solutions. Il faut donc qu’ils sachent eux-mêmes repérer les signes de précarité énergétique !

Par quels moyens vous réussissez à lutter contre ça ?

On arrive à leur faire mettre en oeuvre des travaux grâce aux soutiens financiers qui existent, c’est aussi à nous de bien connaître ce qui existe à ce niveau-là pour voir quelle aide demander. Et ces aides permettent le plus souvent d’enclencher une résolution de leurs problèmes d’énergie de manière durable et pérenne. D’habitude il y a vraiment deux étapes distinctes et qui ne s’enchaînent pas forcément : la résolution immédiate du problème pour décharger les gens de la souffrance que cela peut générer, et ensuite seulement une orientation éventuelle vers un changement de consommation énergétique. On essaie de fusionner les deux.

L’idée du camion aménagé, vous l’avez trouvée où ?

Elle est justement venu du réseau de travailleurs sociaux que nous avons constitué autour de la précarité énergétique. C’est la CAF qui nous a mis “la puce à l’oreille” : eux aussi avaient réussi, grâce à cette idée de sortir leur prestation de leurs bureaux habituels, à repérer et à toucher d’autres publics et à amplifier leur mission sociale. C’est aussi notre objectif : beaucoup de gens habitant en zone réellement rurale ne sont pas forcément en contact avec les éventuelles solutions qui existent pour améliorer leur situation énergétique, alors nous nous sommes dits qu’il fallait aller vers eux !